

Avoir la paix ou avoir raison?
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Vous êtes-vous déjà retrouvé.e dans un de ces débats où chacun.e campe sur ses positions et essaye de convaincre l'autre?
Vous usez de tous les moyens pour asseoir vos arguments face à une personne qui ne partage absolument pas point de vue. Surtout quand cela touche des grands thèmes de vie, d'actualité ou vos valeurs profondes.
On s'énerve, on serre les poings, on essaye parfois de ne pas envenimer le conflit (coucou le people pleasing), mais, à la fin, on a cette mauvaise impression d'avoir perdu une bataille qui nous laisse un goût amer de colère et de déception.
Et petit bonus: celle-ci continue dans notre tête, même des jours après le "débat".
Mais pourquoi? Simplement parce qu'au fond tout le monde cherche à être reconnu et entendu.
Vous voulez savoir comment sortir de ce cercle infernal, comprendre ce qui se joue en vous à ce moment précis et pourquoi est-il si difficile de passer à autre chose?
Je vous transmet, dans cet article, des clés concrètes pour avancer en toute sérénité hors de ces sables mouvants relationnels.
Une histoire qui débute dans sa propre famille
Imaginez-vous à table, tout semble plus ou moins calme, mais vous n'êtes pas totalement apaisé. Vous savez que tonton truc, papa, maman, ou cousine machine va lancer ce sujet qui vous hérisse les poils et que la discussion va durer longtemps.
Depuis de temps qu'il se passe des choses dingues dans cette famille, que l'on sort des phrases incroyablement discutables, que l'on agit avec une logique douteuse pour essayer de maintenir le château de cartes à l'effigie du clan, vous ne vous y êtes pas habitué.e.
Vous avez appris a rester sur vos gardes, pour vous protéger vous-même ou les autres, ou simplement pour essayer de survivre tant bien que mal dans ce système bancal (voir l'article "La suradaptation, vous connaissez?").

Et cela fonctionne aussi dans les familles où l'on parle calmement.
Vous pouvez être 2-3 autour de cette table ou une dizaine, le résultat reste le même, à l'intérieur de vous, vous êtes sur le qui-vive.
Cet apprentissage a construit vos schémas relationnels et donné l'information à votre système nerveux qu'il est dangereux de se reposer, de relâcher l'attention. Car, d'une part, vous ne savez pas quand ça va péter et, d'autre part, le conflit et le désaccord deviennent un danger.
Pourquoi?
Parce qu'il menace le
lien entre vous et les membres de votre famille. Ce lien qui assurait votre survie lorsque vous étiez enfant.
La survie physique et émotionnelle sont indissociables et c'est bien cette dernière qui parle à votre place, bien des années après, alors que vous avez appris à vivre "comme un adulte".
Vous avez évolué, vous avez votre propre vie, mais face à eux, c'est toujours la même chose, vous redevenez cet enfant qui bout intérieurement. Les désaccords existent, vous le savez bien, mais c'est plus fort que vous, vous ne supportez plus ces discussions redondantes qui résonnent toujours de la même manière en vous.
Vous avez alors 2 options:
- Vous taire pour ne pas déranger ou compromettre "l'équilibre"
- Ouvrir grand la bouche pour exprimer votre mécontentement.
Avec la deuxième option, commence alors un débat enflammé où vous ne comprenez pas comment on peut penser de cette manière, avec toutes les preuves sociales et le bon sens possible.
Dans les deux cas, le résultat est souvent le même: frustration, colère et sentiment de ne pas être compris.e.
Toutes ces émotions vous donnent des informations précieuses sur ce dont vous avez profondément besoin.
Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise?
Pourquoi est-ce plus fort que moi? Pourquoi ai-je tant besoin de convaincre l'autre? Pourquoi cette discussion tourne-t-elle en rond avec les mêmes arguments, en vain? Pourquoi je n'accepte pas qu'il ou elle ne soit pas d'accord avec moi?
La réponse se trouve souvent dans notre propre enfance, là où nos besoins affectifs prennent naissance. Ce que nous ressentons profondément prend le dessus lorsque nous nous sentons piqué dans nos besoins non assouvis.
Ces discussions virulentes révèlent des besoins profonds, notamment ceux de reconnaissance et de validation. Quand nous débattons avec une personne aux antipodes de nos valeurs, nous cherchons inconsciemment à combler un manque : celui d'être compris.e et reconnu.e par les personnes qui comptent pour nous.

Posons-nous la vraie question :
Cette personne est-elle réellement capable de comprendre ce que je lui dis, avec ses convictions et son ouverture d'esprit parfois très réduite ? Ou cherche-t-elle simplement à avoir raison ?
Parfois la réalité peut faire mal, surtout lorsqu'il s'agit de notre propre parent, mais aussi d'une autre personne que l'on aime et qui reste centrée sur elle-même. Car, pour elle, avoir raison devient plus important que nous comprendre (compte tenu de leur propre parcours).
Vouloir à tout prix avoir raison, c'est garder un semblant de contrôle quand notre estime et notre confiance ne sont pas assez solides (voir l'article "Je me sens moins bien que les autres").
Lorsque vous avez en face de vous une autre personne que vos premières figures affectives, mais que vos ressentis sont tout aussi fort, il est probable que l'histoire se rejoue. Vos systèmes émotionnels reconnaissent la blessure affective et mettent en place toute l'énergie nécessaire pour se sentir compris et validé, sans prendre en compte une réalité qui ne vous donne pas accès à ce que vous recherchez réellement.
Oui, nos premières figures d'attachement ont posé les briques de nos systèmes relationnels, à nous de les rénover aujourd'hui.
Lorsque vous avez un mur en face de vous, une personne qui est clairement aux antipodes de vos valeurs et de votre mentalité, pourquoi continuer d'argumenter avec elle?
Surtout quand vous attendez des mots qui ne viennent pas.
Le choix de sa propre paix sera toujours le bon choix pour un système nerveux surchargé
Maintenant que vous avez compris pourquoi ces discussions vous affectent autant il est temps d'être complètement honnêtes avec vous-même: une blessure émotionnelle saigne encore, celle du rejet ou de l'abandon. Elle vous rappelle que vous attendez encore de l'autre qu'il vous comprenne profondément et vous écoute sincèrement.

Malheureusement, il ou elle ne fait pas toujours l'effort ou ne sait pas comment procéder (nous avons beau vivre en société, les capacités relationnelles et sociales ne sont pas innées...). Par conséquent il ou elle ne dit pas ce que vous avez besoin d'entendre.
Les besoins affectifs principaux derrière ces blessures sont:
- la reconnaissance
- la validation
Vous ne vous sentez pas vraiment écouté, comme si vous parliez dans le vent, que vos mots n'existaient pas, comme si vous-même n'existiez pas.
Le petit être en vous (voir article "L'enfant intérieur, mais c'est quoi?" ) hurle, encore aujourd'hui, ce manque qu'il ressent, depuis tellement d'années.
Voici une importante clé:
Nous ne pouvons pas convaincre quelqu'un qui ne désire pas élargir ses pensées.
Discuter avec des personnes qui partagent nos opinions et avec qui nous pouvons nuancer nos réflexions et bien plus enrichissant que de débattre vainement avec ceux qui sont fermés à nos idées.
Lorsque nous sentons que nos actes et nos paroles ne sont pas reconnus, ça cogne à l'intérieur et c'est normal. Ce cognement est le signal que la blessure est touchée et nous indique qu'il est temps d'agir dans notre propre sens, pour notre propre intégrité, pour une fois.
Même avec les parents les plus aimants du monde, il est important de reconnaître qu'ils sont loin d'être parfaits et ont eux-même leurs blessures. Notre enfance est donc loin d'être parfaite est c'est pourquoi nous pouvons travailler dessus à l'âge adulte.
Nous voyons ici que cela va bien plus loin que le sujet de la discussion. La manière dont nous nous sentons pendant et après le débat nous indique qu'il faut que nous nous occupions de ces blessure affectives.
Il est temps d'adapter nos comportement à nos besoins et non à l'extérieur (qui ne nous donnera pas systématiquement ce que nous attendons).
Vouloir convaincre l'autre à tout prix nous éloigne de nos propres convictions et de notre propre paix intérieure.

Vous avez le droit de choisir
Nous ne sommes pas des robots, notre énergie fluctue. Elle est plus basse certains jours et remonte d'autre jours. Nous sommes des êtres humains avec nos cycles et le reconnaître c'est aussi être indulgent.e envers soi-même
Lorsqu'une discussion ne va pas dans la direction souhaitée ou qu'elle ne correspond absolument pas à nos propres valeurs, choisir la paix plutôt que de vouloir avoir raison et drainer son énergie est souvent la meilleure option.
Avoir raison pour qui? Pour soi ou pour l'autre?
Si je sais qu'au fond de moi mes valeurs sont justes, pourquoi mettre autant d'énergie à vouloir que l'autre reconnaisse mes paroles, alors qu'il ou elle me montre le contraire?
Vous l'avez compris, on retombe dans le besoin de validation et de reconnaissance de soi.
Un système nerveux dont les blessures sont constamment activées est un système surchargé: il est donc fragile et rapidement submergé.
Il est, ainsi, essentiel de favoriser des situations qui nous font du bien et de nous entourer de personnes saines, afin de baisser nos gardes. Pour enfin vivre une relation équilibrée avec l'autre et nous apporter simplement du bien-être.

Si cela implique de changer de sujet ou d'amener des thèmes que vous savez être intéressants et agréables, faites-le.
Vous avez aussi le droit de vous éloigner, au moins durant un temps, des personnes qui drainent votre énergie à coup de discussions ennuyeuses ou insoutenables pour vous.
La peur du jugement
Nous avons le choix d'arrêter les frais, de nous lever et de nous en aller. Souvent nous n'y pensons même pas, simplement, car nous ne l'avons pas appris.
Et si une petite voix vous dit "Oui, mais ce n'est pas si facile" ou "Mais je ne peux pas faire ça!", elle cache sûrement la peur de la réaction et du jugement de l'autre ("mais qu'est-ce qu'on va me dire, on va se moquer de moi, on va me juger sévèrement, il va y avoir des conséquences" etc.).
Mais si vous décidez de vous protéger et d'agir pour vous-même dans une situation qui est insupportable, même une discussion (en d'autres termes, d'être votre propre parent protecteur), vous ne serez pas "le ou la méchante" dans l'histoire, peu importe la réaction extérieure, puisque vous aurez agis pour vous mettre à l'abri.
Pourquoi seriez-vous " le.la méchant.e" alors que la personne en face a des propos aberrants, des discussions volontairement douloureuses ou simplement des opinions qui ne vous correspondent pas?
Agir pour votre propre bien-être ne fait pas de vous une mauvaise personne, c'est tout l'inverse. Vous devenez votre propre protecteur.rice.
Une solution de sécurité
Vous avez le droit de choisir quand une discussion n'en vaut plus la peine.
Essayez de reconnaître lorsque vous sentez que votre besoin de reconnaissance parle à votre place. (colère qui monte, poings qui se ferment, se ronger les ongles, serrer les dents, sensation qui bouillonne à l'intérieur, etc). Revenez à la conscience de votre corps qui vous donnera tous les signaux.
Émotionnellement, cela fait partie du passage de l'enfant à l'adulte pour devenir sa propre validation.
Une personne qui ne partage pas vos valeurs n'a pas le pouvoir de rendre vos convictions légitimes. Vous seuls.es savez si ce que vous pensez est juste pour vous.
Objectivement parlant, nous n'avons pas de pouvoir sur l'opinion d'autrui. La personne en face a le droit de penser ce qu'elle veut... Tout comme vous-même avez le droit d'avoir vos propres opinions, et de choisir d'alimenter cette relation/discussion ou pas.

Si nous prenons de la hauteur, nous pouvons nous rendre compte qu'à travers son positionnement, l'autre nous donne tous les éléments pour choisir de continuer ou pas dans sa direction.
La personne nous montre où elle se place, à nous de décider d'aller vers elle ou pas.
Se respecter dans ses pensées, même lorsque l'on sent qu'un combat de paroles se met en place, c'est se choisir.
Concrètement, voici la recette:
1. Reconnaître l'alerte interne: sentir la tension monter et les sensations physiques
2. Respirer calmement pour donner l'information biologique à votre corps que vous n'êtes pas en danger
3. Demandez-vous: est-ce que cette discussion m'apporte vraiment quelque chose?
4. Posez vos limites et redirigez la discussion "Je vois qu'on est pas d'accord, ce n'est pas un problème, peut-on changer de sujet?" ou "Tu as le droit de penser ce que tu veux (aussi révoltant que cela puisse être...), mais je ne partage pas ton avis. peut-on passer à autre chose?".
5. si besoin, quitter le champs de bataille. Si la discussion devient toxique, vous avez le droit de partir. Ce n'est pas une défaite, mais un acte de respect envers vous-même.
Votre valeur ne dépend pas de la validation des autres. Choisir votre respect, c'est vous choisir et ça, c'est une belle victoire!
Restez loyal envers vous-même au lieu d'être fidèle aux autres
Tant que vous attendez que l'autre vous valide dans vos propos, c'est qu'une part de vous y est encore enchaînée. Comme si elle cherchait à recréer un lien dans une situation de conflit (voir article "Se reconstruire après la dépendance affective: et si on commençait par s'intéresser à soi?").
La peur du rejet et de l'abandon est légitime puisqu'elle touche nos craintes les plus profondes. Mais le respect de soi et agir pour sa propre intégrité est bien plus solide qu'une relation qui peut, à la longue, devenir toxique.
Vous avez aussi la possibilité de mettre à jour la relation afin de la rendre plus légère et surtout de prendre l'autre à la hauteur de ses capacités. Si la personne compte pour vous et qu'un chemin de respect est possible entre vous, faites en sorte d'amener des sujets ou des activités qui pourront vous rapprocher plutôt que vous éloigner.

Mais si vous sentez que vous êtes trop affectés.es après chaque échange et que vous en ressortez avec plus de dégâts que de bien-être, rappelez-vous que votre paix est bien plus importante qu'un lien chaotique.
Cultivez des relations où l'échange est respectueux, constructif et nourrit votre équilibre.
Faire le tri et limiter certaines relations est parfois nécessaire pour laisser la place aux personnes saines et enrichissantes.
La prochaine fois que vous sentirez monter la frustration et la colère, écoutez-la et rappelez-vous que vous n'êtes jamais obligé de rester dans une discussion qui vous fait du mal.
Soyez sélectifs dans vos combats, parfois il vaut mieux avoir la paix qu'avoir raison.
Prendre soin de soin n'est pas égoïste, c'est nécessaire. Vous méritez des relations qui vous élèvent, pas qui vous épuisent.
Article rédigé avec amour et passion.
Merci de respecter mon travail et le temps investi, en me mentionnant.
Rasha Bachaay, votre thérapeute proche de l'humain
Vous ressentez ce type de mal-être, régulièrement ?
Vous désirez aller plus loin?
Je vous accompagne avec bienveillance dans la compréhension de vos blessures intérieures, pour vous aider à nourrir votre estime et un rapport apaisé à vous-même.



